J’écris. Je corrige. Depuis déjà des mois. Le troisième tome du Tour de l’Univers avance, mais c’est long, et j’ai envie d’écrire de la nouveauté. Alors mon esprit divague. Ma contemplation se perd dans des imaginaires proches ou lointains. Je suis là, mais, j'ai déjà envie d’être ailleurs...
Nous voulions simplement aller ailleurs
Il y a des jours où l’on voudrait prendre le large. Voir autre chose que les mêmes murs, les mêmes chapitres et cette tâche remise au lendemain avec une constance qui force le respect.
Je connais l’envie. Ces mois de correction me la rappellent avec une régularité dont je me serais passé. On ouvre alors un roman pour voyager — ou, quand on est l’auteur, on laisse l’esprit glisser vers ce qui, dans l’univers déjà là, a encore le goût d’un ailleurs.
On espère de l’émerveillement, quelques frissons, des obstacles à franchir avec des personnages auxquels on commence à tenir. Et, si possible, une bonne raison de rire pendant que tout déraille.
Dans Le Tour de l’Univers, j’ai prévu de quoi satisfaire ces envies. Puis j’ai laissé l’Univers s’occuper de l’itinéraire.
C’était imprudent.
Car il existe, dans cette trilogie, une solution séduisante pour raccourcir les distances : suivre un ver à StrablotVer à Strablot — Wormholis Strabloticus
Macrofaune cosmique migratrice. Jusqu’à 10 km de long, 600 m de diamètre, carapace de diamant. Masse estimée : incalculable. Votre balance personnelle ne survivrait pas au choc.. Sur le principe, c’est simple. L’animal ouvre un passage, vous vous glissez derrière, et vous gagnez un temps considérable.
Sur le principe, une baignoire est également un bateau.
Première difficulté : il faut aimer les gros animaux
Un ver à Strablot peut approcher les dix kilomètres de longueur et atteindre six cents mètres de diamètre. À ce stade, « tiens, une petite bête » relève moins de l’observation que du déni.
Imaginez cette masse ondulant dans le vide spatial. Puis élargissez le cadre : elle n’est pas seule. D’autres silhouettes l’accompagnent. Tout un troupeau se déplace devant vous, avec une majesté qui rend soudain votre vaisseau beaucoup plus modeste.
Ces créatures ont une carapace de diamant, quasiment indestructible. Leur surface scintille comme si elle était couverte de pierreries. Dans le premier tome, un individu couleur sable attire le regard ; un autre, gros et vert, devient celui qu’il faut suivre. J’aime cette rencontre entre l’ampleur du spectacle et la consigne très pratique : oui, c’est prodigieux, mais surtout, ne vous trompez pas de ver.
Leur cuirasse résiste aux tentatives de découpe. Cela laisse une certaine marge aux hypothèses, notamment à celle de certains exohématologuesExohématologues
Spécialistes du sang… des autres. Ici, ils spéculent surtout sur ce qui pourrait habiter un ver de dix kilomètres. Les visites guidées ne sont pas encore au catalogue. : une civilisation vivrait à l’intérieur. L’idée existe dans cet univers ; elle n’y constitue pas une visite guidée avec boutique de souvenirs à la sortie.
C’est une des choses qui me plaisent dans ces animaux : on peut les observer, essayer de comprendre leurs habitudes et même profiter de leur passage sans avoir épuisé leur mystère.
Le meilleur raccourci de la galaxie n’a pas été construit pour vous
Les vers à Strablot migrent. Leurs trajectoires sont assez régulières pour qu’on puisse chercher le bon individu à partir de schémas de déplacement et d’un scan. Une régularité remarquable : il est question, dans le premier tome, d’un changement de trajectoire tous les mille ans.
À côté, vos habitudes de vacances passent pour de l’improvisation sauvage.
Surtout, ils savent ouvrir leurs propres trous de ver. Des éclairs orange apparaissent vers l’avant du troupeau. Des sphères lumineuses sont projetées. L’agitation se transforme, jusqu’à prendre l’aspect d’une lentille sphérique floue : un passage s’ouvre là où, un instant auparavant, il n’y avait que l’espace.
Puis un animal de plusieurs kilomètres s’y engage.
Lentement.
C’est un détail que j’aime beaucoup : on dispose d’un raccourci cosmique et il faut tout de même attendre que la grosse bête finisse de passer. À environ soixante kilomètres à l’heure, elle n’a manifestement aucune intention de se dépêcher pour vous.
Vous pensiez avoir réservé un voyage extraordinaire. Vous découvrez la transhumance.
Vous pouvez suivre. C’est là que commence le problème
Un tel moyen de transport devrait rendre service à beaucoup de monde. Il rend surtout les décisions intéressantes.
Le vortex épouse la taille du ver. Il peut rester ouvert après son passage, mais aussi s’effondrer. Et si une autre de ces créatures arrive en sens inverse, votre vaisseau risque de découvrir très rapidement les limites de sa résistance mécanique.
Dans le premier tome, une traversée de magnitude 1Magnitude 1
Classification locale d’un vortex. Plus le chiffre grimpe, plus le raccourci a des idées. Celle-ci tient encore à peu près dans un devis. s’accompagne d’une estimation de 86 % de chances de survie. L’autre possibilité demande six mois par la trame ordinaireTrame ordinaire
La voie lente : pas de vortex, pas de ver en sens inverse, pas de confiture d’astronaute. Recommandée par les compagnies d’assurance galactiques..
Présenté comme un gain de temps, c’est tentant. Présenté comme quatorze occasions sur cent de ne plus avoir besoin d’agenda, cela mérite une conversation.
Voilà exactement le genre de choix que j’aime offrir à mes personnages. Une solution existe. Elle a même de solides arguments. Il faut seulement décider si l’on accepte ce qui figure en petits caractères.
Vous, heureusement, avez le droit de rester dans votre fauteuil. Mais une fois qu’on s’est attaché à ceux qui doivent choisir, le confort devient relatif : on veut qu’ils avancent, on redoute qu’ils y aillent, on tourne quand même la page.
Le Narrateur, lui, conserve le micro. Je vous laisse découvrir l’usage qu’il en fait.
Corriger le tome 3, c’est aussi surveiller la circulation des vers
Ces créatures apparaissent dès le premier volume. En travaillant sur le troisième, Au-delà de l’Infini, je retrouve donc des possibilités ouvertes bien plus tôt, et les contraintes qui les accompagnent. (Les lecteurs impatients connaissent déjà cette attente : voir Chroniques d’un Tome 3.)
Car inventer un animal capable d’ouvrir un passage dans l’espace oblige à penser aux conséquences. Pourquoi emprunter une autre route ? Comment choisir sa destination ? Qu’est-ce qui rend le passage risqué ? Que savent les personnages, et sur quoi se contentent-ils de parier ?
À la correction, ce sont des questions précieuses. Un raccourci trop commode peut supprimer la difficulté au lieu de nourrir l’aventure. Il faut que le lecteur puisse comprendre l’attrait du voyage et sentir ce que les personnages mettent en jeu.
Et puis il y a VarkVark
Un voyageur pressé, qui suit les vers pour rentrer chez lui. Les vers, eux, n’ont pas été consultés..
Pour regagner sa galaxie, il suit la migration des vers à Strablot. Je vais m’arrêter là concernant son itinéraire. Disons que ces animaux n’organisent pas leurs déplacements pour faciliter les projets de mes personnages.
Je sais : quel manque d’égards.
Cette partie du travail me plaît particulièrement. Revenir à une créature rencontrée plus tôt, la regarder sous un autre angle et découvrir ce qu’elle permet encore de raconter. Le même univers grandit parce que les personnages y avancent avec d’autres besoins, d’autres questions et beaucoup trop de confiance dans la notion de raccourci.
Un air de Dune, mais ne préparez pas vos crochets
Le mot « ver » associé à une taille démesurée peut naturellement évoquer Dune. Ici, levez les yeux : nos créatures ont quitté le sable pour l’espace. Quant au réflexe de traverser un passage inconnu en espérant trouver une solution de l’autre côté, les amateurs de Stargate devraient le reconnaître. Même famille d’idées que dans Les théories vortexiques, à ceci près que le conducteur pèse ici quelques milliards de tonnes.
Ce sont des rapprochements pour situer l’image, pas un permis de conduire. Avoir regardé toutes les saisons ne garantit aucune compétence en suivi de migration cosmique.
Ce qui m’intéresse avec les vers à Strablot, c’est de réunir plusieurs plaisirs : l’émerveillement devant une créature immense, la curiosité face à ses capacités et l’inquiétude de devoir lui confier une partie du trajet.
Puis laisser une difficulté très concrète venir chatouiller le grandiose. Quel individu faut-il suivre ? A-t-on le temps ? Est-ce vraiment le bon passage ? Il suffit parfois d’une question pratique pour rendre le cosmos délicieusement inconfortable.
Le voyage commence bien avant ce troupeau
Avant de se demander quel ver suivre, il faut rencontrer Sareth : un roi dont les certitudes vont devoir s’accommoder d’un univers nettement plus vaste que son royaume. Il cherche le sens de la vie. Ses compagnons de route ne simplifient pas forcément les recherches. Si l’idée de l’aventure vous chatouille déjà, cette invitation à embarquer pose le décor.
Si vous aimez l’aventure, les idées qui donnent le vertige et l’humour qui vient déranger les grandes postures, découvrez Le Tour de l’Univers.
Le premier tome, Le Tour de l’Univers en 10−43 seconde, ouvre le voyage. Après la destruction de l’Univers le poursuit. Pendant ce temps, je travaille à mener le troisième jusqu’au bout, en vérifiant notamment que mes raccourcis ne trichent pas avec votre plaisir de lecture.
Le plus simple, pour savoir si vous avez envie d’embarquer, reste de lire les premières pages du tome 1. Vous y rencontrerez aussi le Narrateur. Autant faire connaissance avant de lui confier votre soirée.
Et pour offrir le départ — ou vous l’offrir —, les livres vous attendent dans ma boutique.
Vous vouliez partir loin, rire et vivre quelques aventures. Approchez.
On attend simplement qu’un ver finisse de passer.
La trilogie, la page du projet, ou les exemplaires dédicacés.
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