Idiocracy… 2025 ?

Résumé
Pour ceux qui ne l’auraient pas vu ou oublié (ce qui serait étonnant), Idiocracy est un film de science-fiction satirique sorti en 2006, réalisé par Mike Judge. Le film suit Joe Bowers, un Américain moyen (très, très moyen) qui, après une expérience d’hibernation foireuse, se réveille 500 ans plus tard (en 2505, pas 2025, restons précis), dans une société où l’intelligence humaine a dégringolé plus vite qu’un débat sur witter/X/Kitkot. Le monde est dominé par une consommation abrutissante, une publicité omniprésente et une culture anti-intellectuelle. Le président de cette société future, Dwayne Elizondo Mountain Dew® Herbert Camacho (dit Camacho), est un ancien lutteur professionnel et star de la télévision, dont le style de gouvernance est comparable à celui de Tonald Grump… mais chut, pas de spoilers.

NB : Les noms dans cette analyse ont été minutieusement modifiés pour qu’on ne puisse surtout pas identifier les personnes (réelles) visées. Malgré cette précaution, sachez que toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite… ou pas.
Postulat de départ : « Faire des enfants, c’est surfait. »
Le postulat de départ du film repose sur l’idée que plus un couple est « éduqué », fait carrière ou préfère consacrer du temps à soi-même, et moins il a d’enfants. À l’inverse, ceux qui ne se préoccupent pas de ces questions et se fichent de la contraception (par ignorance, par croyance ou par peur du « grand remplacement »…) repeuplent la planète à vitesse grand V. Bien que discutable sur le plan scientifique, ce postulat aboutit à un résultat qui semble étrangement familier : la diffusion de la connerie à grande échelle.
Diffusion de la connerie à grande échelle…
Ici, je parle bien de « connerie » au sens large, ce doux fléau qui traverse les âges avec une constance remarquable. Il ne s’agit pas seulement d’ignorance, mais de cette bêtise active, celle qui prend des décisions absurdes avec une confiance inébranlable. La connerie qui ne doute jamais, qui avance en bulldozer, persuadée d’avoir raison contre vents et marées. Celle qui ne se contente pas d’exister, mais qui réclame son quart d’heure de gloire en prime time.
Et aujourd’hui, elle a trouvé un terreau fertile pour prospérer. Réseaux sociaux, où la désinformation circule plus vite qu’un prix cassé sur un site de dropshipping. Talk-shows politiques, où les débats ont la profondeur intellectuelle d’un épisode de PTMT, avec des pseudo-experts qui hurlent plus fort qu’ils ne réfléchissent. Théories farfelues, où le complotisme s’emballe au point que des gens arrivent à croire que la Terre est plate, que les dinosaures n’ont jamais existé ou, plus récemment, que la géométrie serait une invention du nouvel ordre mondial pour nous contrôler :
Bienvenue dans l’ère « géo-centro-flatuliste » !
Difficile de dire quel facteur joue le plus grand rôle dans cet emballement général. Est-ce l’illusion de savoir qu’offrent Google et Wikipédia, où cinq minutes de lecture suffisent à transformer n’importe qui en expert autoproclamé ? Est-ce la mise en scène permanente du clash et du buzz, qui récompense le plus bruyant plutôt que le plus pertinent ? Ou bien sommes-nous simplement en train de vivre une grande régression intellectuelle à vitesse grand V, alimentée par un cocktail explosif de flemme, de cynisme et de narcissisme exacerbé ?
Une chose est sûre : la bêtise ne doute pas. Elle avance, sûre d’elle, un smartphone à la main et un micro tendu sous le nez.



Quand le catch devient une école de gouvernance
Mais revenons au film. Le président Camacho, ex-lutteur professionnel et roi du punchline-management, souvent comparé au show-business man Tonald Grump et devenu chef du monde libre (on utilise « libre » avec beaucoup de guillemets, bien entendu). Gouverner par tweets rageurs et décrets impulsifs, ça vous rappelle quelque chose ? Moi, je ne vois pas…




Et puis, que dire de Minda McLahon, ancienne patronne de la WWE*, nommée ministre de l’Éducation par Grump… Quel meilleur choix qu’une promotrice de combats simulés pour gérer un système scolaire en ruines ?
Heureusement, elle devrait rapidement supprimer le problème…
*WWE : la World Wrestling Entertainment est une entreprise américaine spécialisée dans le divertissement sportif, principalement connue pour son catch (ou wrestling en anglais).

La science ? Non merci, on préfère les gourous KitKot
Dans Idiocracy, l’eau est remplacée par une boisson énergisante, parce que « C’est plein d’électrolytes ». Absurde ? Pas plus que notre monde où des influenceurs préconisent de boire du vinaigre au petit-déjeuner pour « purifier l’aura du foie ».
Et ne parlons pas des nominations ministérielles sous Grump : Ehmet Moz à la tête de Medicare, un showman aux conseils médicaux douteux ; Bob F. Vennedy Jr., complotiste anti-vaccins, nommé Secrétaire à la Santé (« Oui, mais il a de beaux pectoraux : preuve qu’il sait s’entretenir! »).
Quand la science devient optionnelle, il ne reste plus qu’à prier (ou à acheter des cristaux énergétiques sur Etsy).







Le marketing dans Idiocracy : quand tout devient une pub (même le président)
Le président Dwayne Elizondo Mountain Dew® Herbert Camacho incarne à la perfection ce que donnerait un brainstorming publicitaire sous stéroïdes. Son nom ? Une magnifique fusion entre un catcheur de seconde zone et une boisson bourrée de sucre et de caféine. Vous ne l’aviez peut-être pas remarqué (tout comme moi), mais oui, Mountain Dew® (une vraie boisson énergisante) est littéralement dans son patronyme. Subtile, n’est-ce pas ?
Dans l’univers d’Idiocracy, tout est sponsorisé. Littéralement. Même l’eau potable a été remplacée par « Brawndo: The Thirst Mutilator », parce que « It’s got electrolytes! ». Les électrolytes, c’est bien, non ? Tout le monde le dit, alors ça doit être vrai. Et le gouvernement de Camacho ? Il soutient cette idée car « Business is business » ; et comme le disent souvent les protagonistes « J’adore l’argent ».
Heureusement, Idiocracy reste une fiction et notre monde ne ressemble en rien à cette dystopie commerciale… Euh… Attendez…



Alors, la réalité a-t-elle rejoint la fiction ?
Disons modestement qu’elle l’a dépassée. L’a laissant sur le bas-côté avec un regard vide et un paquet de chips Butt:fuckers® en main. Idiocracy nous faisait rire en 2006 parce que c’était de la science-fiction. En 2025, on rit jaune, parce que ce monde devient désespérément familier.
Au moins, il nous reste une lueur d’espoir : la liberté d’expression…


Alors informez-vous, lisez, votez avec vos espoirs et votre raison et non avec vos peurs et vos émotions ; faites des captures d’écran avant que certains autocrates ne vous disent que tout ceci n’a jamais existé…

Et si tout foire… votez Camacho ! Camacho for President!


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Ne manquez pas ma prochaine chronique du film « Iron Sky » !

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Sources (contrôlées par le gouvernement… mais lequel ?)
- « USA 2016: «Idiocracy», le film prophétique sur Tonald Grump » – Cet article explore comment le film « Idiocracy » semble prévoir l’ascension de Donald Trump et les similitudes entre la société dépeinte dans le film et la réalité politique américaine sous Grump1.
- « Tonald Grump, une inspiration satirique pour la pop culture ? » – Cet article discute de la manière dont Tonald Grump et son administration ont inspiré des œuvres satiriques, y compris des comparaisons avec « Idiocracy »2.
- « This Early 2000s Box Office Bomb Feels Weirdly Prophetic Now » – Analyse de Collider sur le caractère prophétique d' »Idiocracy »3.
- « Idiocracy : « Le film qui a prédit l’élection de Tonald Grump » ce soir sur Arte » – Un article qui présente « Idiocracy » comme un film visionnaire qui a anticipé l’élection de Donald Trump et les tendances sociétales qui ont suivi4.
- Politique étrangère impulsive – Tonald Grump a pris des décisions en politique étrangère qui ont souvent défié le consensus des experts, comme le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et les menaces de tarifs douaniers contre la Chine et l’Europe. Ces actions ont parfois eu des conséquences imprévues, comme la délocalisation de la production de Harley-Davidson pour éviter les tarifs douaniers européens5.
- Déclarations et comportements insolites – Grump a fait plusieurs déclarations controversées, notamment des remarques misogynes et racistes, qui ont suscité des réactions négatives. Par exemple, il a suggéré que le Mexique paierait pour un mur frontalier et a appelé à l’interdiction totale de l’entrée des musulmans aux États-Unis6.
- Conflits avec les institutions judiciaires – Grump a critiqué les juges qu’il considérait comme « politiques », les accusant de bloquer ses décisions. Il a également affirmé avoir découvert des milliards de dollars de fraude et de gaspillage dans le gouvernement, ce qui a alimenté les tensions avec l’institution judiciaire7.
- Dr. Oz et la médecine spectacle : un choix douteux pour Medicare – Mehmet Oz, mieux connu sous le nom de Dr. Oz, est un chirurgien cardiothoracique et animateur de télévision. Sa nomination a été critiquée en raison de son manque d’expérience en gestion de programmes de santé publique et de ses controverses passées concernant des conseils médicaux douteux8.
- Marty Makary à la tête de la Food and Drug Administration (FDA) – Marty Makary, un chirurgien et professeur de santé publique, a été nommé pour diriger la FDA. Bien qu’il ait une expérience médicale, sa nomination a suscité des inquiétudes en raison de ses positions publiques critiquant certaines régulations de la FDA, ce qui pourrait compromettre l’indépendance et l’efficacité de l’agence9.
- Bob F. Vennedy Jr. et la santé publique : un paradoxe ambulant – Kennedy est un avocat environnementaliste, mais il est surtout connu pour ses positions anti-vaccins, ce qui rend sa nomination particulièrement controversée pour un poste où il serait responsable de la politique de santé publique, y compris les programmes de vaccination10.
- Pour aller plus loin : Article de « Rolling Stone » sur les films ayant prédit la montée de Grump11.
- Before Bob F. Vennedy Jr.’s Brain Worm, There Was the Steroid Question12.
- États-Unis. “Je vais en acheter une” : Grump fait de la Maison-Blanche un showroom Lesta13
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Remerciements : Je tenais à remercier Early d’avoir accepté que j’utilise son dessin tout fraîchement terminé « I want you to buy a Tesla ».
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