Pensées volages d’un Tetpleinaraborien La sagesse à trois jambes

Ciel étoilé montrant les deux Nuages de Magellan, galaxies naines satellites de la Voie lactée
Les Nuages de MagellanNuages de Magellan
Deux galaxies naines irrégulières, satellites de la Voie lactée. Dans Le Tour de l’Univers, c’est de là que parle Gearty.
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. Gearty y a posé sa pensée. L’univers n’a pas encore répondu.

Avant de partir, une recommandation : laissez vos certitudes à l’entrée. Vous pouvez garder vos chaussures. Les TetpleinaraboriensTetpleinaraboriens
Une des plus anciennes espèces intelligentes de Le Tour de l’Univers. Encéphale d’environ un mètre, corps maigre, trois bras et trois jambes. Leur savoir est immense. Leur modestie, un peu moins.
ont déjà suffisamment de problèmes avec leurs propres jambes pour s’intéresser aux vôtres.

Nous allons rendre visite à l’une des plus anciennes espèces intelligentes de Le Tour de l’Univers. Un peuple réputé pour son savoir, ses cerveaux démesurés et cette capacité remarquable à poser des questions auxquelles personne n’avait particulièrement envie de répondre.

Notre guide s’appelle GeartyfliuaGeartyfliua
Savant tetpleinaraborien. Ses amis l’appellent Gearty. Il enseigne la philosophie et tient l’ignorance pour la seule certitude solide sur l’univers.
. Ses amis l’appellent Gearty. Nous attendrons d’être ses amis.

Premier pas : essayer de tenir debout

Imaginez un encéphale d’un mètre de diamètre, un corps maigre et trois bras. Ajoutez trois jambes, dont une qui semble avoir été conservée à la suite d’un désaccord entre l’évolution et le service qualité.

Voilà pour la silhouette.

Tetpleinaraborien à la peau verte, au cerveau énorme, avec trois bras et trois jambes, une baguette à la main, devant les Nuages de Magellan
Un Tetpleinaraborien : l’encéphale d’abord, la marche ensuite. Les Nuages de Magellan, derrière, attendent leur tour. Illustration de Pierre GonzalèsPierre Gonzalès
Illustrateur freelance, formé aux Beaux-Arts de Bordeaux. Il dessine au pinceau comme à l’écran, de la BD au dessin de presse.
Sur Le Tour de l’Univers, Manu pose l’idée et Pierre la met en image, au crayon puis sur Photoshop.
Son site
.

À première vue, on pourrait croire que la nature a voulu leur donner un avantage décisif. À les regarder marcher, on soupçonne plutôt une plaisanterie qui a beaucoup trop duré.

Il y a déjà quelque chose de touchant dans ce décalage. Nous aimons imaginer la sagesse immobile, majestueuse, idéalement éclairée par un rayon de soleil. Ici, elle avance de travers. Elle doit surveiller où elle met les pieds. Tous ses pieds. Et pendant qu’elle réfléchit aux fondements du réel, son propre corps lui rappelle qu’un seuil reste un seuil.

On peut y voir une première invitation : prendre la pensée au sérieux sans exiger du penseur qu’il ait toujours l’air important.

À Cnid’E, une fenêtre s’ouvre sur l’inconnu

Gearty enseigne à l’école de philosophie de Cnid’ECnid’E
École de philosophie où enseigne Gearty. On y vient chercher une réponse définitive sur l’univers. On en repart souvent avec une meilleure question.
. Suivons-le un instant, sans faire trop de bruit. Quelque part, un auditoire attend qu’on lui explique l’univers. La demande est raisonnable. Le délai l’est moins.

Dans l’article d’origine, une pensée du savant tenait en quelques lignes :

Au fil des décennies, j’ai appris que la seule chose dont on puisse être vraiment sûr, lorsqu’on se questionne sur l’univers, est notre parfaite ignorance.

Gearty, Nuages de Magellan — Le Tour de l’UniversLe Tour de l’Univers
La trilogie. Le tome 1 s’intitule Le Tour de l’Univers en 10−43 seconde.
Lire les premiers chapitres
, tome 1

Relisez-la doucement. Puis imaginez la tête de ceux qui avaient fait le déplacement pour obtenir une réponse définitive.

Des décennies d’étude. Des bibliothèques. Des débats. Un cerveau dont les dimensions imposent de revoir l’ameublement. Tout cela pour reconnaître que l’essentiel nous échappe encore.

Et pourtant, quelle ouverture.

Car une ignorance reconnue laisse de la place. Pour une découverte, une rencontre, une idée qui arrive sans avoir été invitée. La certitude, elle, a parfois déjà rempli la pièce de ses propres meubles.

Le poème commence peut-être là

Gearty nous offre une pensée, et c’est elle que nous suivons. Sa poésie tient à l’espace qu’elle entrouvre.

Regardez le ciel. Chaque point lumineux paraît simple tant qu’on ne lui pose aucune question. Puis viennent les distances, les durées, les mondes possibles. Une étoile devient une histoire dont nous ne recevons qu’une lumière ancienne. Le noir entre deux étoiles cesse d’être vide : il devient ce que nous n’avons pas encore appris à regarder.

Cette lecture de la philosophie de Gearty me plaît : on peut chercher avec obstination et conserver assez de disponibilité pour être surpris.

Le merveilleux survit très bien à la connaissance. Il change d’adresse à mesure que nous avançons.

Évidemment, dans Le Tour de l’Univers, il lui arrive aussi de déménager sans prévenir, en emportant les murs.

Attention : sagesse susceptible

Gardons-nous cependant de transformer nos hôtes en parfaits petits maîtres spirituels. D’abord parce que « petits » serait anatomiquement discutable. Ensuite parce que leur regard sur les autres espèces conserve une bonne dose de supériorité.

Les Humains, notamment, ne gagnent pas leur concours de beauté. Nos têtes leur paraissent ridiculement minuscules. Il faut reconnaître que nous avions commencé par trouver les leurs excessives. Le premier échange culturel s’annonce excellent.

Gearty invite ses confrères à reconsidérer leur mépris des Humains. Mais son discours reste lui-même traversé par une hiérarchie entre les espèces. La lucidité avance ; les habitudes suivent en traînant un peu des pieds.

C’est une contradiction précieuse. On peut apprendre beaucoup sans avoir fini d’apprendre à regarder les autres. On peut connaître des phénomènes extraordinaires et manquer ce qui se passe juste en face de soi.

À cet endroit, les Tetpleinaraboriens deviennent dangereusement familiers.

Une pensée qui accepte de repartir

Au fil de la trilogie, le savoir de ces érudits rencontre ses limites. Leurs talents scientifiques ne règlent pas automatiquement les questions morales. Et les découvertes nouvelles ne leur procurent pas toujours la satisfaction paisible que promettent les brochures consacrées à l’épanouissement intellectuel.

Gearty peut s’inquiéter, s’agacer, devoir reprendre ses raisonnements. Derrière le grand savant apparaît alors quelqu’un qui aimerait, de temps en temps, que le réel coopère.

On le comprend.

Mais l’univers continue. Il déborde les explications, déplace les perspectives, oblige chacun à chercher une autre manière de tenir debout. Ce qui, pour un Tetpleinaraborien, représente déjà un programme ambitieux.

Peut-être est-ce là que cette promenade nous conduit : vers le plaisir de chercher, même lorsque la réponse prend la fuite. Vers une curiosité assez vive pour traverser le doute, et assez souple pour rire de sa propre démarche.

Nous pouvons maintenant rendre à Gearty le temps que nous lui avons pris. Il a probablement une conférence à terminer. Ou un cil à retirer de son œil. Les grandes questions savent parfois se montrer patientes ; les petits corps étrangers, beaucoup moins.

Envie de prolonger la visite ? Les Tetpleinaraboriens vous attendent dans la trilogie Le Tour de l’Univers. Pour commencer le voyage, découvrez les premiers chapitres du tome 1, ou restez sur la page du projet. Venez avec vos questions : elles voyageront très bien.

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